Le Socialisme Radical ou l'Anarchisme de gauche
Cet article est une annexe de mon article sur la Planification économique. J’y survole une alternative à la planification, qui est l’Anarchisme de gauche. Avant de commencer, notons qu’être exhaustif sur cette forme de socialisme radical ou d’anarchisme de gauche nécessiterait un billet presque aussi long que celui sur la planification, donc je me contente ici d’esquisser le débat.
Une alternative à la planification consiste à garder une forme d’économie de marché, mais en y ajoutant des contraintes.
L’idée est de rendre la réduction du temps de travail (par exemple 15h de travail hebdomadaires) obligatoire par la loi et d’y adjoindre un revenu universel de base (RUB)suffisant pour vivre dignement. Charge ensuite aux acteurs économiques de se réorganiser et adapter leurs chaines de production.
Pour défendre la faisabilité économique de telles contraintes, les principaux arguments sont les suivants :
- David Graeber dans Bullshit Jobs explique que près de 40 % des emplois actuels sont perçus par leurs employés comme des tâches administratives ou managériales inutiles. En les supprimant et en partageant les gains de productivité de l’IA, 15 heures par semaine suffisent alors largement à faire tourner les secteurs essentiels (santé, alimentation, énergie).
- Rutger Bregman dans Utopies réalistes affirme que le RUB coûte moins cher à la collectivité que de subir les coûts indirects de la pauvreté (urgences médicales, criminalité).
- Il faut aussi noter que le RUB serait d’autant plus facile à financer qu’il a vocation à remplacer tous les flux de redistribution actuels (chomage et RSA, allocations, voire retraites et AAH selon les formes).
- Ensuite, même si ses défenseurs conviennent qu’un RUB risquerait de provoquer une forte inflation, ils ajoutent que ce serait indolore dans le sens où par construction, l’inflation provoquée serait moins subie par les personnes aux plus faibles revenus car ce sont ceux qui en proportion verront le plus leurs revenus croitre. On trouvera plus de détails sur le RUB dans cette vidéo.
Ses principales critiques sont les suivantes.
- Ce système partage certaines des limites de la planification que j’ai détaillées dans mon billet. Par exemple, les contraintes données sont extérieures au marché et centralisées, donc rien ne garantit leur compatibilité avec les objectifs. Evoquons aussi le fait que comme la planification, un tel bouleversement économique est radical, aurait des conséquences potentiellement catastrophiques, et que rien ne garantit sa réussite.
- L’inflation pourrait être si élevée que le RUB fixé ne permettrait plus de subvenir aux besoins de base. Chercher ensuite à remonter le RUB pour suivre l’inflation ferait alors rentrer dans une boucle inflationniste. Ce phénomène serait amplifié par la diminution de la production liée au passage aux 15h hebdomadaires.
- Même d’après ses défenseurs, l’introduction d’un RUB en France coûterait plusieurs centaines de milliards d’euros la première année. Les années suivantes s’il est probable que l’injection initiale de liquidités stimule l’activité et génère de nouvelles rentrées fiscales (TVA, impôts), ce mécanisme se heurte rapidement à des fuites économiques majeures. Une partie de ce pouvoir d’achat s’évaporerait dans l’épargne de précaution ou l’importation de biens étrangers, tandis qu’il faut aussi prendre en compte la baisse du nombre d’actifs, certains allant nécessairement se contenter du RUB. En intégrant toutes ces boucles de rétroaction complexes, les modèles macroéconomiques d’équilibre général montrent que ce multiplicateur fiscal amortit la facture de l’année 2 sans jamais l’annuler. Par conséquent cette mesure alourdirait la dette publique. Pour plus de détails sur le problème de la dette, voir le paragraphe dédié. La vidéo de Heu?rekâ que je conseillais plus haut affirme sans développer que le coût serait nul dès l’année 2. D’après la littérature économique, c’est donc faux.
- Comment peut-on être sûrs que suffisamment de personnes iront travailler si le RUB est inconditionnel ? En effet, la question de l’impact d’un RUB sur le travail est une question très débattue en science économique. Je renvoie à ce livre écrit par un économiste spécialiste du RUB qui y détaille les difficultés qu’il y aurait à le financer. On peut aussi regarder cet article qui analyse une expérience menée au sujet d’un RUB (à noter que le montant donné ne permettait pas de subvenir à lui seul aux besoins), et qui conclut que celui-ci tend à désinciter au travail. Voir également ce billet de blog qui relativise les conclusions de l’expérience précédente. Je renvoie aussi à mon billet sur la question pour savoir à quoi ressemblent des études empiriques en économie.
- La notion de bullshit job est basée sur une étude purement déclarative, cette thèse ignore l’utilité systémique de postes indispensables à la coordination mais dont l’intérêt échappe souvent à ceux qui les exercent.
- Dans un marché concurrentiel, les capitalistes ne paieraient pas des salaires superflus : si ces structures pouvaient être simplifiées pour réduire les coûts, elles l’auraient déjà été.
- Diviser le temps de travail des experts créera une pénurie immédiate et impossible à combler de main-d’œuvre hautement qualifiée, notamment dans la santé.
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